Rencontre avec le responsable GDBA
Le CI Exploitation s’est rendu à Munich pour s’informer sur les places de travail au Centre d’exploitation (CE). Lors d’un entretien avec le directeur du GDBA (Syndicat des cheminots allemands et des aspirants), la délégation a pu en apprendre beaucoup sur les conditions de travail dans un CE.
CE Munich – locaux / places de travail
Dans ce CE, le réseau principal («réseau bleu») est télécommandé, les lignes secondaires restent desservies localement. A l’avenir, le réseau principal sera piloté par sept CE, les lignes secondaires étant maintenues en commande locale. L’extension des centres locaux de télécommande doit toutefois être accélérée. A part Francfort, il n’y a pas actuellement de grande gare-nœud qui soit télécommandée par un CE. La télécommande de Garmisch a même été restituée à nouveau, les coûts de transmission des données et les coûts pour les « Job tickets », respectivement les coûts pour les transferts de collaborateurs s’avérant trop élevés.
Toutes les places de travail du Centre d’exploitation reçoivent la lumière du jour qui est amenée à l’intérieur du bâtiment par des lamelles jouant le rôle de miroirs. Elles sont situées sur trois niveaux avec une ouverture au centre et sont visibles du niveau central (voir 1ère illustration). Cette disposition fait que les collaborateurs et collaboratrices se sentent aussi observés. L’éclairage des places de travail est presque toujours atténué, majoritairement tenu sombre et il n’y a que les places de travail elles-mêmes qui soient éclairées. On ne peut se déplacer entre les niveaux que par des escaliers, c’est donc un problème pour les personnes à mobilité réduite lors de dérangements. L’air dans le bâtiment est très sec et l’installation de climatisation provoque un courant d’air directement sur les places de travail. Les vestiaires, douches, WC et lieux de repos sont placés dans la coquille extérieure du bâtiment.
Il n’y a que très peu de documents de travail sur papier, on travaille essentiellement à l’écran. Les places de travail destinées à la desserte des installations ou à la surveillance du trafic sont en règle générale dotées de huit écrans. Les secteurs de télécommande des opérateurs du trafic sont subdivisés en îlots avec 4-6 places qui sont responsables d’un secteur. A l’intérieur d’un îlot, les postes d’enclenchement peuvent être commutés. Les secteurs attribués ne peuvent pas être commutés d’un îlot à un autre. En cas de dérangement dans des gares télécommandées, des collaborateurs ou collaboratrices doivent être appelés en service local et interviennent si on a de la chance, il n’existe pratiquement aucune organisation de piquet.
Une cantine est à disposition du personnel du CE et des services rattachés; elle est ouverte de 6.00h à 14.30h. Des commandes de repas chauds pour les samedis et dimanches peuvent être passées jusqu’à vendredi midi, ils seront livrés par la cantine de la gare. Le matin, un „chariot minibar“ livre des croissants frais, etc.
La situation centrale de Munich fait que ce lieu de travail est facile à atteindre par les transports publics. Depuis peu, des chambres ont été mises à disposition dans le CE, on peut les réserver ; elles sont mises à profit en raison des tours de passage courts. Les loyers des appartements et les frais de subsistance à Munich sont élevés en comparaison avec les villes où se trouvent les autres CE, il n’y a pas d’allocations de résidence pour compenser cela.
Lors du transfert du poste directeur de Nuremberg au CE de Munich, le temps de parcours entre les deux villes était de 100 minutes, il n’est plus aujourd’hui que d’une heure. Malgré cette réduction du temps de parcours, pratiquement tous les collaborateurs du poste directeur de Nuremberg ont cherché un nouveau poste de travail dans leur région d’origine et l’ont aussi trouvé. Sinon les départs sont plutôt rares et, comme évoqué, ont d’ordinaire une destination à l’interne de la DB ou d’une autre ETC car il s’agit la plupart du temps de métiers de monopole.
Les syndicats sont bien représentés dans le CE, le degré d’organisation est d’environ 63%. Selon le droit constitutionnel allemand, les représentants syndicaux ont un droit de visite afin d’exercer leur mandat de représentation du personnel. En cas de pratique abusive, un droit de plainte à l’autorité de surveillance existe. Le personnel doit être consulté dans les questions de tableaux de service, les comités d’entreprise (équivalant à nos CoPe) sont aussi impliqués dans la procédure. Il faudrait encore observer spécifiquement quelle est l’influence réelle des comités d’entreprise. Le fait que, lors de notre visite, le chef du CE ait été accompagné par un membre du comité d’entreprise laisse déduire que leur influence est importante.
Un pacte pour l’emploi (Suisse = contrat social) a été conclu entre la DB AG, le comité d’entreprise du groupe et les syndicats ; il stipule la renonciation à la résiliation des rapports de service pour des raisons liées aux modifications des conditions d’exploitation. S’ils perdent leur poste de travail, les collaborateurs et collaboratrices d’un poste d’enclenchement desservi localement reçoivent un « Job ticket » pour leur permettre de continuer à travailler dans un CE. Diverses ETC ne reconnaissent pas le «Job ticket» et devraient prendre en charge les coûts de transport. Les syndicats doivent encore mener des négociations à ce sujet. Le GDBA fournit à ses membres de très bons documents d’information (Impuls) spécifiques à divers thèmes; ils peuvent être téléchargés du site www.gdba.de.
Encore un chiffre qui fait réfléchir : 1991 : 480‘000 employés à la DB, 2009 : 150‘000 employés à la DB AG.
Profil professionnel Opérateur / Dispatcher
La formation d’agent du mouvement dure 2,5 ans ; la première année de formation de base est commune avec les mécaniciens de locomotive. Dès la deuxième année s’y ajoute la formation à la manipulation de l’ESTW (poste d’enclenchement électronique) et, dans les 6 derniers mois, l’apprenti peut déjà fonctionner comme assistant ou dans les services annexes du CE.
Aucun opérateur n’a plus été formé dans les 10 dernières années environ et il y a aujourd’hui un besoin de rattrapage. Les candidats venus d’ailleurs comme les étudiants, les mécaniciens de locomotive ou les agents de train reçoivent, dans un poste d‘enclenchement en commande locale, une « formation-en-65-jours » (théorie) comme opérateurs, puis ils reçoivent pendant 5 – 6 semaines une formation pratique dans les gares. Les collaborateurs et collaboratrices dont les prestations sont supérieures à la moyenne sont admis plus tard dans un CE où ils reçoivent une instruction théorique d’env. 22 jours suivie d’un examen. En cas de réussite, ces collaborateurs/trices sont attribués à un secteur, ils y reçoivent une instruction pratique et terminent leur formation au CE par un examen final.
La carrière d’opérateur comprend 5 échelons de fonction. Au CE, l‘ échelon 4 est accordé pour les petits secteurs et l’échelon 5 pour les grands postes d’enclenchement. Il est possible de devenir dispatcher, également en échelon de fonction 5.
Les opérateurs et les dispatchers sont classés dans le niveau de rémunération 305 (débutant) ou 355 (avec expérience) et sont donc à égalité. Les possibilités de promotion à l‘interne du CE existent à la centrale d’alarme (10) et à la conduite du réseau (11). Un opérateur d’env. 45 ans avec plus de 20 ans d’expérience gagne environ 2'800 € brut. Pour l’Allemagne c’est plutôt un bon salaire mais à Munich il n’est pas extraordinaire en raison du coût de la vie. Un appartement de 2 chambres coûte entre 500 et 700 €.
Tours de service
Les prescriptions sur la durée du travail en Allemagne ne sont pas très différentes des nôtres, mais elles sont assorties d’exceptions et de règles spécifiques qui diffèrent. Il n’est pas exclu que cette problématique se pose aussi pour nous un jour.
Temps de travail / Tours
- Tour tardif 11.30 – 20.30 h
- Tour matinal 06.30 – 11.30 h
- Tour de nuit 20.30 – 06.30 h
- Week-end 06.30 – 18.30 h / 18.30 – 06.30 h
- Autres tours rencontrés : 15.00 – 22.00 h / 22.00 – 07.00 h / 07.00 – 15.00 h.
La durée hebdomadaire du travail s’élève à 39 heures, elle ne peut cependant dépasser 55 heures. Elle est obligatoirement suivie de deux jours de repos. La durée maximale du travail s’élève à 10 heures, avec une pause de 45 minutes, cette dernière pouvant aussi être octroyée sous forme de pauses de 5 minutes. Samedi et dimanche, des tours de 12 heures sont prévus. Pour un tour de 10 heures, la pause dure 45 minutes. Il est aussi possible d’accorder 6 pauses courtes de 5 minutes chacune, elles doivent être convenues en fonction de la charge du moment et de la possibilité de se faire remplacer.
Les collaboratrices et collaborateurs proviennent en partie de l’ancienne Allemagne de l’Est et ont un trajet de leur domicile au travail qui atteint jusqu’à 500 km. Ils veulent faire des tours les plus longs possibles pour pouvoir ensuite passer quelques jours à la maison. Les syndicats n’apprécient bien sûr pas spécialement cette situation mais ils ne peuvent pas entreprendre grand chose pour s’y opposer car cela correspond aux demandes des collaborateurs eux-mêmes. Les prescriptions sur la durée du travail sont sollicitées au maximum et interprétées avec beaucoup de bienveillance. En cas de violation de ces prescriptions, les autorités infligent des sanctions, des contrôles ont lieu régulièrement.
L’âge de la retraite est fixé à 67 ans (notre ministre de la Santé serait ravi …). Des mises à la retraite partielle sont possibles de manière limitée mais il n’en est fait que peu usage. Dès qu’un collaborateur ne peut plus assurer de services irréguliers pour raisons de santé, un recyclage interne dans des tâches administratives est possible. La proportion de femmes au CE s’élève généralement à 20% environ, chez les dispatchers elle n’est toutefois que de 10%.
Je remercie toutes les personnes concernées pour leur contribution à ce rapport. Je remercie aussi particulièrement Mani Schaffer qui a rédigé de son côté un rapport très complet. Nous allons continuer à traiter ces rapports à l’interne du CI Exploitation et en tirer des comparaisons et des points de concordance pour nos propres conditions.
Alex Bringolf
